Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/64

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Tante Rude se détourna la première pour nous dire :

— Vous en avez apporté du tourment ici ! heureusement que cela va finir !

Firmin ne songeait pas à se moquer de la grimace qu’elle faisait en nous disant cela :

— Nous allons retourner à Paris ? lui demanda-t-il.

Elle répondit avec une sorte de contentement grognon :

— Bien sûr ! puisque les garçons iront vivre chez leur père et les filles chez leur mère.

Et comme Firmin s’apprêtait à lui poser une autre question, elle lui tourna le dos en maugréant.

Ce n’était pas la première fois que tante Rude faisait ainsi le partage à notre endroit, et jusqu’alors je n’y avais pas apporté grande attention, mais aujourd’hui elle paraissait si sûre de ce qu’elle avançait que je ne doutais pas qu’elle ne fût parfaitement renseignée, et que c’était cela, justement, que notre oncle n’avait pas osé dire avant son départ.

Et tante Rude retournée au moulin, et la porte de la maison refermée sur nous, j’allai m’asseoir dans le coin où nos parents aimaient à s’asseoir autrefois et où jamais plus je n’aurais la joie de les voir l’un à côté de l’autre.

Firmin, pâle, et paraissant plus mince encore se mit à tourner dans la pièce. Il appuyait ses poings maigres sur sa poitrine comme pour y étouffer son immense chagrin. Et dans le souffle dur qu’il laissait échapper à tout instant, je devinais sa plainte habituelle :

« Pourquoi se séparer, mon Dieu ? »