Page:Augier - Théatre complet, tome 4.djvu/82

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Bordognon.

Défiance entière et…


Léon.

Eh ! quand il serait vrai qu’un créancier menaçât de perdre par un esclandre une femme relevant de moi à un titre ou un autre, en la sauvant ne ferais-je pas mon devoir, et qu’aurais-tu à dire ?


Bordognon.

Ce que j’aurais à dire, malheureux ! Que tu as une femme à toi, un enfant à toi, une maison à toi, et que tu n’as pas le droit de brûler chez une autre le bois que tu coupes chez toi. — En veux-tu encore ? Eh bien, je te dirais que je ne puis pas toujours servir de compère à tes folles prodigalités, d’instrument à tes abominables fredaines ; que tu es un garnement, que tu es… que tu es bête pour ton âge ! Ne te fais donc pas de mauvais sang, elle s’en tirera sans toi.


Léon.

Sans moi ! mais ce billet, mon point d’honneur de galant homme l’a cautionné pour moi, ma situation, ma conscience ne me permettent pas de reculer. Tu me comprends à ton tour. Bref, je veux rompre, et de pareils commerces, par cela même qu’ils ne sont pas avouables, ne se dénouent honorablement que par une probité… une probité de voleur !


Bordognon.

Ah ! tu es décidé à une rupture ?


Léon.

Cette fois, l’occasion est trop belle pour la perdre.