Page:Augustin - Œuvres complètes, éd. Raulx, tome X.djvu/325

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au – ciel et en la terre ? À plus forte raison est-ce aussi l’ouvrage du Créateur. Parles-tu des créatures spirituelles, des anges, des archanges, des trônes, des dominations, des vertus, des principautés ? Elles aussi, elles ont été faites. Après avoir énuméré tous ces êtres, le Psalmiste conclut ainsi : « Il a dit, et elles ont été faites ; il a ordonné, et elles ont été créées [1] ». S’il a dit et elles ont été faites, c’est par le Verbe qu’elles ont été faites. Or, si elles ont été faites par le Verbe, le cœur de Jean n’est pas parvenu à ce qu’il annonce : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu », à moins de s’être préalablement élevé au-dessus de ce qui a été fait par le Verbe. Encore une fois, quelle montagne était Jean ! Qu’il était saint ! Qu’il était élevé au-dessus des autres montagnes qui ont reçu la paix pour le peuple de Dieu, afin que les collines pussent recevoir la justice !
6. Prenez-y garde, mes frères, Jean lui-même n’est peut-être pas du nombre de ces montagnes dont nous avons chanté tout à l’heure : « J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours ». Si vous le voulez savoir, levez les yeux vers cette montagne, je veux dire, élevez-vous jusqu’à l’Évangéliste ; élevez-vous jusqu’à la hauteur de sa pensée. Mais parce que ces montagnes reçoivent la paix, et que la paix n’est pas possible à qui place son espérance en l’homme, n’élevez pas vos yeux vers la montagne, en ce sens que vous pensiez pouvoir mettre en l’homme votre espérance, et dites : « J’ai levé les yeux aux montagnes d’où me viendra le secours », de manière à ajouter aussitôt : « Mon secours vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre[2] ». Aussi, levons les yeux vers les montagnes d’où nous viendra le secours et cependant ce n’est pas dans les montagnes que notre espérance doit être placée ; elles-mêmes, en effet, reçoivent ce qu’elles nous donnent ; par conséquent, il nous faut porter notre espérance à l’endroit d’où le secours vient aux montagnes. Dès lors que nous levons les yeux vers les Écritures parce que les hommes nous les ont transmises, nous levons les yeux aux montagnes d’où nous viendra le secours. Ceux qui ont écrit les livres saints étaient des hommes qui ne brillaient pas d’un éclat qui leur fût propre ; mais celui-là était leur lumière véritable [3], qui illumine tout homme venant en ce monde. Jean-Baptiste, qui a dit : « Je ne suis pas le Christ[4] » était aussi une montagne ; il craignait que quelqu’un plaçant son espérance en la montagne, ne s’écartât de celui par qui les montagnes sont éclairées ; aussi confesse-t-il lui-même que « nous avons tous reçu de sa plénitude[5]  ». Ainsi dois-tu dire : « J’ai levé les yeux aux montagnes d’où me viendra le secours », afin que ce secours qui te vient, tu ne l’imputes pas aux montagnes, mais que tu ajoutes ce qui suit « Mon secours est du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ». [6]
7. Mes frères, lorsque vous avez dressé vos cœurs vers les Écritures, au moment où retentissaient à vos oreilles ces paroles du saint Évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu », comme aussi les autres qui ont été lues, j’ai voulu vous faire comprendre que vous avez levé les yeux aux montagnes. Car, si les montagnes ne vous disaient cela, il vous serait impossible d’en avoir la moindre idée. Des montagnes vous est venu le secours, même pour que vous puissiez l’entendre ; mais vous n’êtes pas encore capables de comprendre ce que vous avez entendu. Demandez le secours du Dieu qui a fait le ciel et la terre. Car, si les montagnes ont pu vous parler, elles n’ont pas pu vous éclairer ; puisqu’elles ont été elles-mêmes illuminées par ce qu’elles ont entendu. C’est à cette source, mes frères, que Jean a puisé ces paroles avant de les prononcer ; il a reposé sur la poitrine du Seigneur, et il a bu ce qu’il devait nous communiquer à son tour. Mais ce qu’il nous a donné, ce sont les paroles ; car pour l’intelligence, tu dois aller la chercher à la source où il a puisé lui-même avant de te désaltérer. Tu dois donc lever les yeux vers les montagnes d’où te viendra le secours, afin de recevoir d’elles ton breuvage, c’est-à-dire l’effusion de la parole ; et aussi parce que ton secours vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre, afin de remplir ton cœur là où Jean a rempli le sien ; c’est pourquoi tu as dit : « Mon secours vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ». Que celui donc qui le peut, remplisse son cœur, mes Frères, je le répète ; que chacun élève son cœur autant qu’il peut le faire, et

  1. Ps. 148, 5
  2. Ps. 109, 1, 3
  3. Jn. 1, 9
  4. Id. 20
  5. Id. 1, 16
  6. Id. 13, 25