Page:Augustin - Œuvres complètes, éd. Raulx, tome X.djvu/494

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et sont coéternelles à celui dont elles viennent : là, rien n’est sujet aux vicissitudes du temps ; rien n’y vient à la vie de celui n’était pas ; rien n’y meurt de ce qui était. Nous l’avons expliqué comme nous avons pu. Maintenant, que fait ici le temps ? Le Sauveur ne dit-il pas, en effet : « Et il lui montrera de plus grandes choses ? » Il doit lui montrer, c’est-à-dire, il lui fera voir plus tard. Il a montré est bien différent de : il montrera. Il a montré s’entend du passé ; il montrera s’entend de l’avenir. Mes frères, que faisons-nous, que disons-nous à présent ? Nous avons, tout à l’heure, prétendu que le Fils, coéternel au Père, n’éprouve aucune variation de la part du temps, qu’il ne se meut ni dans l’espace des lieux, ni dans l’espace des moments, qu’il demeure toujours dans la vision avec le Père, qu’il voit le Père, et que cette vision constitue son existence ; et voilà qu’il nous rappelle encore une fois à la pensée du temps, puisqu’il nous dit : « Et il lui montrera de plus grandes choses ! » Le Père montrera donc au Fils quelque chose qu’il ne connaît pas encore ? Que faire ? En quel sens comprendre ces paroles ? Notre-Seigneur Jésus-Christ se trouvait dans les hauteurs de l’éternité ; le voilà qui redescend au niveau des choses terrestres. Quand était-il si élevé ? Quand il disait : « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait aussi comme lui ». Comment est-il descendu ? « Il lui montrera de plus grandes choses ». O Seigneur Jésus-Christ, notre Sauveur, Verbe de Dieu par qui toutes choses ont été faites, qu’est-ce que le Père vous montrera que vous ne sachiez pas encore ? Y a-t-il, dans le Père, quelque chose d’inconnu pour vous ? Quelles œuvres plus grandes doit-il vous montrer ? Ou bien, quelles œuvres seront surpassées par celles qu’il vous montrera ? Car si Jésus a dit : « plus grandes », il nous faut retourner en arrière pour y trouver celles qui sont moins prodigieuses.
6. Rappelons-nous la circonstance qui a donné lieu à ce discours. C’est évidemment celle où fut guéri le paralytique de trente-huit ans, et où le Sauveur commanda à cet homme de prendre son lit sur ses épaules, et de s’en retourner dans sa maison. Ce fait suffit à soulever l’indignation des Juifs avec lesquels il s’entretenait : il parlait à leurs oreilles et ne disait rien à leur intelligence. Il laissait, en quelque sorte, entrevoir sa pensée à ceux qui voulaient l’entendre, mais il la cachait à ceux qui se laissaient emporter par la colère : irrités de voir le Seigneur Jésus agir ainsi le jour du sabbat, les Juifs lui donnèrent donc, par leurs mauvais sentiments, l’occasion de prononcer ce discours. Pour bien entendre les paroles qui nous occupent maintenant, nous ne devons donc pas oublier ce qui a été précédemment dit : au contraire, reportons nos regards sur ce paralytique, malade depuis trente-huit ans, et subitement rendu à l’usage de ses membres, en présence des Juifs qui ne pouvaient s’empêcher d’admirer une pareille guérison, et s’en fâchaient pourtant. Témoin de leur aveugle fureur, Jésus leur adressa la parole et leur dit : « Il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci ». « Plus grandes que celles-ci » : celles-ci ? Lesquelles ? Ce que vous venez de voir, c’est-à-dire : la guérison de cet homme, qu’une paralysie avait tenu, l’espace de trente-huit ans, couché sur son lit, n’est rien en comparaison de ce que le Père montrera à son Fils. Que lui montrera-t-il de plus étonnant ? Le voici ; car le Sauveur ajoute : « Comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, ainsi le Fils vivifie ceux qu’il veut », Il est sûr que ceci est bien autrement admirable : c’est, en effet, un plus grand prodige de ressusciter les morts, que de rendre un malade à la santé : il n’y a pas le moindre doute à cet égard. Mais quand le Père montrera-t-il à son Fils une pareille œuvre ? car le Fils n’en a-t-il pas déjà la connaissance ? Et au moment où il parlait, ne savait-il pas ressusciter les morts ? Il avait fait toutes choses : avait-il encore besoin d’apprendre à faire sortir les morts, tout vivants, des entrailles du tombeau ? Celui qui nous a donné l’être et la vie, lorsque nous n’existions pas encore, avait-il besoin d’apprendre à nous ressusciter ? Que veut-il donc nous dire par là ?
7. Il s’est abaissé jusqu’à nous, et lui qui, tout à l’heure, nous parlait comme Dieu, a commencé de nous parler comme homme. Tout Dieu qu’il est, il n’en partage pas moins avec nous la nature humaine ; car Dieu s’est fait homme, mais il est devenu ce qu’il n’était pas, sans rien perdre de ce qu’il était, L’humanité s’est donc adjointe à la divinité : ainsi, celui qui était Dieu est devenu un homme, de manière, toutefois, qu’en prenant notre nature, il ne perdît pas sa nature divine.