Page:Augustin - Œuvres complètes, éd. Raulx, tome X.djvu/699

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s’arrêtât à la forme d’esclave. Car celui qui croit au Père, qui a envoyé le Fils, croit assurément au Fils, sans lequel il ne connaîtrait pas le Père pour ce qu’il est ; et en croyant au Fils, il le croit égal au Père, parce que Jésus ajoute : « Et celui qui me voit, voit Celui qui m’a envoyé ».
4. Faites bien attention à ce qui suit : « Moi, la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres ». Dans un autre endroit, Jésus dit à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde ; une cité placée sur une montagne ne peut être cachée, et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux [1] ». Mais il ne leur dit pas : Vous êtes la lumière ; vous êtes venus dans le monde, afin que quiconque croit en vous ne demeure point dans les ténèbres. Et j’affirme qu’on ne le lira nulle part. Tous les saints sont donc des lampes, mais c’est en croyant qu’ils sont éclairés par celui dont on ne peut s’éloigner sans tomber dans les ténèbres. Pour cette lumière qui éclaire les saints, elle ne peut s’écarter d’elle-même, parce qu’elle est tout à fait immuable. Nous croyons donc aux lumières éclairées comme étaient les Prophètes, les Apôtres. Mais en croyant à ces lumières, nous ne croyons pas en la lumière éclairée elle-même, mais avec elle nous croyons en la lumière qui les éclaire, afin que nous aussi nous soyons éclairés, non par elle, mais avec elle, par la lumière qui les éclaire elle-même. Lorsque Jésus ajoute : « Afin que quiconque croit en moi, ne demeure pas dans les ténèbres », il montre assez qu’il a trouvé tous les hommes dans les ténèbres ; mais pour ne pas rester dans ces ténèbres où il les a trouvés, il leur faut croire en la lumière qui est venue en ce monde, parce que par elle a été fait le monde.
5. « Et si quelqu’un entend mes paroles », continua-t-il, « et ne les garde pas, moi je ne le juge point ». Rappelez-vous ce que je crois vous avoir dit dans nos précédents entretiens. Si quelques-uns l’ont oublié, qu’ils tâchent d’en raviver le souvenir ; pour vous, qui n’y assistiez pas, écoutez-moi : je vais vous expliquer comment le Fils peut dire : « Moi je ne le juge pas », après avoir dit ailleurs : « Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils [2] ». Il faut entendre ainsi ce passage : présentement je ne le juge pas. Pourquoi donc ne le jugé-je pas maintenant ? Écoutez ce qui suit : « Car je ne suis pas venu », dit-il, « pour juger le monde, mais pour sauver le monde » : c’est-à-dire pour opérer le salut du monde. C’est donc maintenant le temps de la miséricorde, ensuite viendra le temps du jugement ; car il est dit : « Seigneur, je chanterai votre miséricorde et votre justice[3] ».
6. Mais voyez ce que le Sauveur dit du jugement qui doit arriver à la fin des temps « Celui qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles, a pour juge la parole que j’ai annoncée, celle qui le jugera au dernier jour ». Jésus ne dit pas : Celui qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles, je, ne le jugerai pas au dernier jour. Car s’il eût ainsi parlé, je ne vois pas comment cette parole n’eût pas été en contradiction avec ce qu’il dit ailleurs : « Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils ». Mais lorsqu’il dit : « Celui qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles, a quelqu’un pour le juger », et que, répondant à l’attente de ceux qui veulent savoir quel est ce juge, il ajoute : « Ce sera la parole que j’ai annoncée qui le jugera au dernier jour », il montre assez qu’il sera lui-même ce juge. Car il est lui-même la parole qu’il a dite, il est lui-même la parole qu’il a annoncée, il est lui-même la porte par laquelle le pasteur doit entrer dans la bergerie. C’est pourquoi autrement seront jugés ceux qui n’auront pas entendu sa parole ; autrement seront jugés ceux qui l’auront entendue et méprisée. « Car ceux qui auront péché sans la loi », dit l’Apôtre, « périront sans la loi, « et ceux qui auront péché sous la loi, seront jugés par la loi[4] ».
7. « Car je n’ai point parlé de moi-même », dit Jésus-Christ. Jésus dit qu’il n’a point parlé de lui-même, parce qu’il n’est point de lui-même. Nous vous l’avons déjà répété souvent ; et cette doctrine vous étant familière, je dois moins vous l’apprendre que vous la faire remarquer en passant. « Mais

  1. Mt. 5, 14-16
  2. Jn. 5, 22
  3. Ps. 100, 1
  4. Rom. 2, 12