Page:Augustin - Œuvres complètes, éd. Raulx, tome XI.djvu/142

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

sans doute, ils n’ont pas eux-mêmes crucifié Jésus, ce sont les soldats qui obéissaient à Pilate, et Pilate l’a condamné à mort ; néanmoins, si nous nous rappelons la vivacité de leurs désirs, les embûches qu’ils ont tendues au Sauveur, tous les mouvements auxquels ils se sont livrés, la trahison de Judas, les cris séditieux qu’ils ont proférés pour extorquer sa condamnation, nous le verrons sans pouvoir en douter ; les Juifs ont été les principaux auteurs de la mise de Jésus en croix.
2. Quant au partage et au tirage au sort de ses vêtements, il ne faut point en parler comme par manière d’acquit. Quoique les quatre Évangélistes aient fait mention de ce fait, Jean est de tous celui qui en a donné le plus de détails ; le récit des trois autres est obscur ; celui de Jean est nettement précis. Voici ce qu’en dit Matthieu : « Après qu’ils l’eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtements, les tirant au sort [1] ». Marc dit à son tour : « Et après l’avoir crucifié, ils partagèrent ses habits, les tirant au sort, afin de savoir ce que chacun aurait pour sa part[2] ». Selon l’Évangéliste Luc : « Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort[3] ». Mais Jean nous raconte combien de parts ils firent avec les vêlements de Jésus ; ils en firent quatre pour les donner ensuite à chacun d’eux ; de là on peut conclure qu’il y avait quatre soldats pour accomplir la sentence du gouverneur et crucifier Jésus. Car cet Évangéliste dit clairement : « Après avoir crucifié Jésus, les soldats prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chaque soldat, et aussi la tunique ». Il faut sous-entendre : ils prirent, en sorte que voici le sens de la phrase : Ils prirent ses vêtements, en firent quatre parts, une pour chaque soldat ; ils prirent aussi sa tunique. Nous le voyons d’après ces paroles : Ils ne tirèrent pas au sort les autres vêtements. Quant à la tunique qu’ils avaient prise avec les autres vêtements, ils se la partagèrent, mais d’une manière différente. Jean nous explique, en continuant, quel moyen ils employèrent pour cela : « Or, la tunique était sans couture et d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas ». Il nous fait ensuite connaître le motif pour lequel ils la tirèrent au sort. « Ils se dirent donc les uns aux autres : Ne la coupons pas, mais tirons au sort à qui elle appartiendra ». Par conséquent, ils eurent tous quatre une part égale dans les autres vêtements, et il leur fut inutile de les tirer au sort : pour la tunique, ils ne purent la partager, à moins de la couper en morceaux ; mais à quoi auraient pu leur servir de pareils lambeaux ? Afin de ne pas la morceler ainsi inutilement, ils préférèrent l’attribuer par le sort à l’un d’entre eux. Avec ce récit de l’Évangile concorde parfaitement le témoignage d’un Prophète, cité immédiatement après par Jean lui-même : « Afin », dit-il, « que cette parole de l’Écriture fût accomplie : Ils ont partagé entre eux mes vêtements et tiré ma robe au sort ». Le Prophète ne dit pas qu’ils ont tiré au sort, mais qu’ils se sont partagé ; il ne dit pas non plus qu’ils se sont partagé les autres vêtements sans les tirer au sort ; il ne fait aucune allusion au tirage au sort pour les autres vêtements ; mais il ajoute : « Et ils ont tiré ma robe au sort » ; ces paroles ont trait à la tunique qui restait seule à partager. Je dirai à cet égard ce que Dieu m’inspirera ; mais, auparavant, je trancherai la difficulté qui pourrait surgir de la discordance apparente des Évangélistes entre eux, et je ferai voir clairement que le récit de Jean n’est contredit par celui d’aucun des trois autres.
3. Par ces paroles : « Après l’avoir crucifié, ils partagèrent ses vêtements en les tirant au sort », Matthieu a voulu faire entendre que la tunique sur laquelle ils ont jeté le sort a été partagée en même temps que tous les autres vêtements, parce qu’en partageant tous ces vêtements au nombre desquels elle se trouvait, ils l’ont tirée au sort. Luc tient un langage analogue : « En partageant ses vêtements, ils jetèrent les sorts ». En faisant leurs partages, ils en vinrent à la tunique sur laquelle ils jetèrent les sorts, afin de compléter entièrement le partage de tous ses vêtements. Quelle différence y a-t-il entre ces paroles de Luc : « En partageant ils jetèrent les sorts », et ces autres de Matthieu : « Ils partagèrent en jetant le sort ? » Une seule, la voici. En disant « les sorts », Luc emploie le pluriel au lieu du singulier. L’emploi de ce mot n’est pas insolite dans les Écritures ; néanmoins, quelques exemplaires portent : « Le sort », au lieu de : « des sorts ». Marc seul paraît donc avoir donné lieu à une petite difficulté, en s’exprimant ainsi : « Et jetant le

  1. Mt. 27, 35
  2. Mc. 15, 34
  3. Lc. 23, 34