Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/129

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continuellement répété, ainsi que son éloge, lui retraçaient trop vivement le temps passé pour que rien pût la distraire. Les Musgrove, à force de chercher dans leurs vieux souvenirs, se rappelèrent qu’il avait été déjà précédemment à Somersetshire, et en appelèrent à la mémoire plus fraîche d’Alice. « Ne vous en souvenez-vous pas, miss Elliot ? Il était chez son frère le curé de Monkford (c’est un très-beau jeune homme) ; il doit y avoir sept ou huit ans. » Hélas ! ces détails n’étaient que trop présens à sa pensée, et cette épreuve lui confirma que ses sentimens étaient encore les mêmes qu’autrefois. Elle chercha cependant à se maîtriser, et à cacher son émotion involontaire ; puisqu’il était attendu dans le voisinage, et qu’elle ne pouvait éviter de le rencontrer, il fallait bien s’accoutumer à cette idée, et s’efforcer d’être, ou du moins de paraître indifférente. Dans leur vive gratitude des bontés qu’il avait eues pour le pauvre Richard, les Musgrove s’impatientaient autant que leurs filles de faire sa connaissance, « Combien de choses j’aurai à lui demander sur mon fils ! disait la bonne mère ; je suis sûre qu’il en était très-content. Miss Alice, vous qui avez tant d’esprit, vous m’ai-