Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


son paternelle ; mais, dans cette occasion, Alice n’avait pas même demandé de conseils ; sa propre conscience lui servit de guide pour ne pas donner sa main sans son cœur. Lady Russel, qui ne revenait pas facilement de ses préventions, et ne croyait pas qu’elle pût errer, ne regrettait point Wentworth, mais commençait à craindre qu’il ne se trouvât aucun prétendant assez riche pour la satisfaire, et assez aimable pour tenter Alice d’entrer dans un état pour lequel elle semblait formée par la douceur de son caractère et par ses habitudes domestiques.

Elles ne connaissaient point leurs opinions réciproques sur cet article : lady Russel, peu experte en amour, croyait qu’il suffisait de n’en point parler pour n’y plus penser : le nom de Wentworth, ni rien qui eût rapport à cet incident, n’avait été prononcé entre elles deux ; depuis la rupture, elle ne se doutait donc pas de la constance du cœur de son Alice ; cette dernière même avait cru quelquefois son sentiment éteint, ou du moins très-affaibli ; mais son empressement à lire l’article concernant la marine dans les papiers publics, son émotion quand elle y trouvait le nom de Frederich Wentworth cité comme un des meilleurs