Page:Baillon - Le Perce-oreille du Luxembourg, 1928.djvu/79

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— Oh ! dis-je, après tout…

Cela n’a l’air de rien. J’en eus la conviction totale : pour elle, je sacrifiai mon âme. Je l’acceptai de tout mon cœur.

L’oncle revint. Tante me parut inquiète. Elle ne me laissa pas seul avec lui. Quand je voulais parler, elle regardait ma bouche, comme pour arrêter certains mots qui auraient pu sortir. Du moins, je le compris ainsi. À un moment, les yeux m’enfoncèrent leurs pointes noires, elle mit un doigt sur les lèvres. Cela devint pour moi un signe, le signe, un pacte : savoir et se taire.

Des paupières, je répondis que oui. Les yeux alors devinrent bleus. Des semaines s’écoulèrent. Mes remords, le sacrifice, le pacte : je dus paraître un enfant singulier. Je voulais être seul. Je me couchais sous l’arbre, « notre arbre », y restais des heures sans bouger, ne sachant si je dormais ou veillais, comme si j’avais encore sur mon cœur la main de ma tante. Je pensais à elle, à notre péché, à ses bras, son parfum, son signe. Cela me semblait loin, et tout, peut-être, ne s’était pas produit. L’idée du péché s’effaça très vite. Il y avait autre chose et mieux : par exemple la Vierge, reine et fée, qui s’était montrée dans le soleil couchant ; la Varia, cherchant sans doute la mort, imprudente,