Page:Baillon - Le Perce-oreille du Luxembourg, 1928.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


serait enterré dans mon pays, la Provence. Dans le cercueil, on déposerait le mouchoir, la pierre, l’écorce, la lavande. On brûlerait mes papiers sans les lire. À part les charges, on ne recevait rien. Une nuit, je m’étendis presque nu, près de ma fenêtre par où le froid et la pluie entraient. Quel dommage que les nuages me cachassent notre étoile : « Je vais mourir… je vais mourir… » J’eusse mérité un rhume.

À ce régime, mes études n’avançaient guère. Reine déjà et Madone, Varetchka était aussi une savante. Je prenais des résolutions. J’étudierais le latin, le grec, l’astronomie, la médecine. Des bulletins arrivaient : « Marcel ne travaille pas… Marcel néglige ses devoirs… Si Marcel ne s’applique pas davantage… »

Maman pleurait. Papa grondait :

— J’ai obtenu une bourse. Si on te renvoie que deviendras-tu ? Comprends donc.

Je voyais, j’entendais, mais de loin, comme si on grondait quelque autre Marcel. Mon rêve m’enveloppait. Rien ne le traversait. D’ailleurs, devenir quelqu’un ? J’étais un page !

— Je veux être libre, dis-je un jour. Cultiver la terre.

— Oui, ricana mon père, en Provence,