Page:Baillon - Moi quelque part, 1920.djvu/111

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— Vous priez, n’est-ce pas ? s’informe Fons.

Des doigts plein la bouche, je dis « oui » de la gorge, je me laisse faire une minute et dès que je le puis, je me retire, parce qu’en même temps que son pouce, il m’a mis sur la langue un fort goût de crottin :

— C’est drôle, dis-je à Fons, je suis guéri.

— Je savais bien, dit Fons qui essuie la dent à sa culotte et la refourre en poche.

Mélanie, Vader, Trees, un paysan qui se trouvait là, ont suivi en cercle l’opération. Ma dent guérie leur rappelle des miracles.

Vader a connu une femme qui partie pour Lourdes toute courbée, en est revenue aussi droite que lui.

— Moi, commence le paysan…

— Moi, raconte Trees…

Elle parle… tous parlent.

Prétexte oublié de leurs histoires, je suce en silence dans mon coin, ma dent miraculée — qui est toujours aussi longue.

Le brigadier


Une gale ! Tout le monde dit : « Il est mauvais. » Nous nous détestons.

Une première fois, je venais d’arriver, il a vu sur la route, mal vêtu, en sabots, une espèce de vagabond qui ne devait pas être en règle, puisqu’il se cachait en faisant mine de ramasser des glands. Il l’a hélé : « Hé là-bas ! » et le vagabond, au lieu de présenter des poignets à menottes, l’a nargué… « Dites donc, brigadier, je suis M. Baillon… vous savez, là-bas… qui tient des poules. »

Une autre fois, il a rencontré ce Monsieur qui poussait une brouette sur une voie réservée aux cyclistes, il lui a dit : « Si je vous repince, » et le lendemain, d’autres fois, tous les jours, il l’a repincé, sans pouvoir le pincer, car en somme cette route,