Page:Baker - Insoumission à l'école obligatoire, 2006.djvu/13

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Introduction

de l’ordinaire. La maîtresse est très gentille. Très gentille. Mais sa voix si gentille est bientôt intolérable dans sa douceur même. Un enfant doit copier dix fois un paragraphe, « ce n’est pas bien méchant », mais des tanks passent et repassent, et des images de guerre nous disent qu’il n’y a pas de petits viols. Et puis encore ce plan d’un enfant au tableau. Silence. La voix off de Godard : « impression de solitude ». Dans tout ce film, une admirable maïeutique (ça signifie l’art d’accoucher quelqu’un de sa propre parole : arriver à lui faire dire ce qu’il veut dire). Les enfants parlent avec une précision inouïe de ce qu’on leur demande de vivre ; le moment de la récréation — pourquoi crie-t-on quand on sort dans la cour ? — et celui qui traite de la « participation » à propos des méthodes « actives » (car c’est une école moderne, libérale et tout) sont des dénonciations cruelles et inoubliables.

Tu vois, je ne résiste pas au plaisir d’en parler à ceux que j’aime. Ça doit être ça que les autres appellent la « transmission du savoir ».


Je ne me bats pas pour les enfants mais pour moi et je défends mes idées comme une bête défend son territoire.

Je pourrais aussi bien — si j’avais l’âme juridique — refuser l’école obligatoire au nom des Droits de l’Homme. Absolument. (Et nous y reviendrons.) Car il est inique de nous contraindre, enfants ou adultes, à écouter un maître qu’on nous impose qui exige de nous de l’attention. De l’attention ! C’est qu’elle est précieuse, notre attention, nous en avons besoin pour mille choses vitales et nous avons grand intérêt à ne pas la laisser détourner par n’importe qui. Mais surtout nous nous devons de choisir ce qu’on nous met dans le crâne : la publicité télévisée ou scolaire doit être soumise à critique ; on n’a pas plus le droit de me faire gober Xénophon, Charlemagne, Marx ou Watt que du Banga, du Lévitan ou du Paic citron.

Celles et ceux qui ont refusé de mettre leurs enfants à l’école avaient le choix entre au moins deux possibilités : soit agir seuls, soit se regrouper pour s’occuper ensemble de leur progéniture. C’est ce qu’on a appelé « écoles sauvages » ou « écoles parallèles » et je dois malheureusement ici établir quelques distinctions (c’est qu’en ce domaine, beaucoup ne s’embarrassent pas de nuances pour le plus grand dommage des beaux débats d’idées…).

L’expression « école parallèle » a été créée par les journalistes ; ils n’auraient pu trouver pire. Ils voulaient mettre l’accent sur l’alternative à