Page:Baker - Insoumission à l'école obligatoire, 2006.djvu/135

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Je ne tombe pas moi-même dans le panneau de ces « analphabètes » dont on se préoccupe soudain (ça devenait un peu trop gros !) qui cachent le reste : le fait que 90 % des Français « n’aiment pas lire », je suppose d’ailleurs qu’à part les commerçants bien peu savent compter. À l’école primaire, l’échec scolaire est avalé en silence par le gosse et ses parents ; dans le second cycle, on fait partie des rescapés ; c’est donc au collège que les professeurs aujourd’hui commencent à s’affoler. Il y a de quoi. Leur instruction obligatoire est une lamentable et sordide escroquerie. On n’apprend rien dans leur l’école. Que le dégoût.

« De mon temps… »

De mon temps, c’était pareil à aujourd’hui avec l’angoisse du redoublement en plus ; ce n’était pas mieux et qu’on ne compte pas sur moi pour accompagner en ce livre les pisse-vinaigre qui pleurnichent sur la médiocrité de l’école de maintenant par rapport à celle d’hier. Car, objectivement, l’école progresse. Elle va vers le meilleur qu’on attend d’elle et c’est pourquoi, ayant de moins en moins d’excuses, elle est de plus en plus évidemment facile à dénoncer.


Au moins dans ses textes internes, l’Éducation nationale a le mérite d’être claire. Lors d’une réunion de travail avec les directeurs et directrices d’écoles normales[1] en novembre 1982, le chef de cabinet du ministre de l’Éducation nationale déclarait : « Le projet de loi ne prévoit pas la transformation de vos établissements en établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel. » Nous voici rassurés : les écoles normales restent des établissements administratifs. Tout est cohérent à l’intérieur du système. Nous ne sommes, Marie, qu’un matériau utilisable. Jean Fourastié écrivait en 1972 qu’il ne fallait pas « laisser se créer des écarts catastrophiques entre les formations imposées aux étudiants et les métiers qu’ils doivent exercer pour soutenir la consommation nationale et internationale ». La dernière génération des ordinateurs, me dit-on, est capable de s’adapter à des situations nouvelles, bref, on approche de l’« ordinateur intelligent ». Quelle supériorité aurons-nous sur lui si ce n’est celle de refuser de servir ?

Le but de l’écolier n’est pas d’apprendre quoi que ce soit mais de réussir. On ne peut réussir que dans les spécialités. On ne peut pas réussir « en culture », si bien qu’à l’école ce mot est à peu près vidé de tout

  1. * Avant la création des IUFM, c’est dans les « écoles normales » qu’étaient formé-es les instituteurs et institutrices.