Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/133

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par la prison. En soi, le crime n’existe pas. Des sujets d’affliction nous menacent de toutes parts et nous devons chercher à les éviter. Mais ce que les journaux appellent « agressions contre les personnes » ne pourra jamais rivaliser, quant à la somme de malheurs engendrés, avec l’hostilité de fonctionnements sociaux qui bousillent nos vies comme la pauvreté, la laideur des cités, le bruit, les travaux pitoyables, l’indifférence, la dureté et l’inintelligence des institutions.

Cela rassure de « tenir le coupable ». Ni plus ni moins que dans certaines tribus, dites primitives, où l’on va réclamer dans une peuplade voisine le prix du sang pour celui qui, mort de maladie, n’a pu qu’être « envoûté »[1]. Question de croyance.

Qui est le coupable ? Souvent des juges reconnaissent qu’à leurs yeux le vrai criminel n’est pas l’auteur de l’acte incriminé, ils font remarquer à la suite d’Arthur Kœstler qu’il serait juste de punir au moins comme complices son père qui le rouait de coups, sa mère alcoolique et les grands-parents du même acabit. Tout le monde en convient d’ailleurs, mais avec une mauvaise foi appliquée, on finit par jurer que l’homme est « finalement » libre. Tout le poussait à entreprendre cette vilaine action, mais il aurait dû réagir, et comme dit le même Kœstler : « Dans tous les cas l’individu est jugé — et se juge — coupable en raison de l’hypothèse, improuvée et improuvable, qu’il aurait pu faire un plus grand effort que celui qu’il a fait, qu’il disposait d’une réserve d’énergie psychique dont il n’a pas usé. »[2] Leibniz avait insisté au XVIIe siècle sur le fait que l’on peut parfois faire ce que l’on veut mais que l’on ne peut vouloir vouloir ; on peut vouloir arrêter de boire et le décider mais on ne peut pas vouloir la volonté d’arrêter (sinon il s’agirait d’un simple souhait).

La rage ou la peur provoque une surexcitation des glandes surrénales. Elles sécrètent alors l’adrénaline qui est diffusée dans le corps par la circulation sanguine et apporte sous forme de glucose

  1. Cf. page 43 l’exemple donné par Jean-Marie Guyau.
  2. Arthur Kœstler et Albert Camus, Réflexions sur la peine capitale, Calmann-Lévy, 1972.