Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/144

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rails ne risquent pas de s’écarter du bon chemin. Quant aux têtes brûlées, elles revendiquent leur entrée en prison comme l’intronisation dans le monde des durs.

Bien sûr, c’est souvent de la frime. Nous mettons de côté tous ces « accidentés » qui peuplent les cellules et pour qui l’intimidation ne risquait pas de jouer tant ils étaient psychiquement en dehors du coup. Mais, dans les vrais milieux de la délinquance, c’est une question de dignité que de savoir se montrer beau perdant. À l’évidence, les voleurs divers qu’on rencontre en prison ne sont absolument pas représentatifs de leur profession ; tout au contraire ils ne sont pas doués, ils ont échoué et ils parlent avec admiration de Max, Joe ou Lisa qui ne se sont jamais fait prendre en quarante ans. Chez les petits loulous, il est bien vu de jurer « La taule ne me fait pas peur, à moi », même si la première nuit en maison d’arrêt on claque des dents et qu’on sent pâlir ses reins. L’exemplarité n’a cours que dans un sens : quand celui qu’on a libéré roule encore des mécaniques et tire la leçon de son incarcération en répétant à ses admirateurs : « On va me le payer ! »

Il y a plus de cent ans que les pénalistes ont fait remarquer que la prison était le risque professionnel du délinquant. Les métiers périlleux comme ceux de pêcheur ou de mineur n’ont jamais été en mal de main d’œuvre ; tout au contraire ils exercent un fort pouvoir de séduction et un réel attachement de la part de ceux qui les ont embrassés. On aurait tort de sous-estimer un attrait romantique pour les activités reconnues comme dangereuses et surtout pour la fraternité qu’elles supposent. Histoires d’hommes, mais les compagnes de ces hommes se forgent une identité sociale très puissante comme femmes de voyou, de mineur ou de pêcheur, avec des caractères propres fondés sur la fidélité, la détermination, le sang-froid, un courage à toute épreuve. Par la force des choses, elles ont souvent épousé la solitude.


Qui de nos jours croit encore à l’amendement du délinquant, à son « amélioration » par un séjour à l’ombre ?