Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


rare d’entendre des non-musulmans défendre l’idée que couper la main d’un voleur est une solution à envisager. La sanction n’apparaît exagérée que lorsque l’infraction est sur le point d’être décriminalisée. Pour ce qui est des crimes de sang, on constate que très profondément l’humanité reste attachée à la Loi du talion. La Justice est fatalement tributaire de la vox populi et plus les sentiments d’une foule sont médiatisés et plus on connaît d’avance le verdict qui sera prononcé.

Des juristes, avec constance, essaient depuis plus de 2 000 ans de tirer le droit vers la sagesse, de le dégager des sentiments de colère, d’envie et surtout du goût du pouvoir qui animent trop souvent les hommes de loi. Ne parlons pas des superstitions : chaque siècle a les siennes et l’on voit mal comment un juge pourrait y échapper. Serait-il en ce domaine un homme d’exception qu’il aurait toute la Cour contre lui.

Mais admettons cependant que lutte il y a et que, de l’époque romaine jusqu’à nos jours, des juristes ont essayé de faire triompher dans les esprits et les textes sinon la raison du moins l’intelligence des êtres et des situations.

En France, au long des mille ans du moyen âge, les juridictions ecclésiastiques et les laïques vont peu à peu s’harmoniser (de force) sous le sceptre royal. Mais tant que durera la féodalité, les peines resteront très aléatoires, imprévisibles et, au sens le plus littéral du terme, dépendront du bon plaisir non du prince mais des princes. Cependant s’impose petit à petit un droit coutumier aussi bien dans le nord dominé par le droit germain que dans le sud où l’on est resté très attaché au droit romain. En Italie, principalement à l’université de Bologne, s’élabore à partir de celui-ci une véritable pensée juridique. En 1160, à Montpellier, des émules commencent à rédiger eux aussi une somme des lois. Très vite ce droit écrit va prévaloir en Provence, en Languedoc et en Dauphiné. Ailleurs perdure le droit coutumier, l’ancêtre de notre jurisprudence. La rédaction officielle des coutumes ne commença que sous Charles VII, à la suite d’une ordonnance de 1454.