Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/28

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(c’est bien là l’éternel problème) d’où cette idée de contrat social qui fera florès. Chacun s’engage tacitement à le respecter ; bien sûr il faut bien supporter quelques contraintes, mais c’est le juste prix à payer pour avoir le droit de vivre tranquille.

De belles figures telles celle de John Locke (1632-1704) tenteront de démontrer que le contrat social n’annihile pas le droit naturel des individus. Le sympathique John Locke avait en lui une sorte de ferme et constante bienveillance ; ne faisait-il pas observer dans ses Quelques pensées sur l’éducation que « les enfants qui ont été le plus châtiés sont les moins aptes à devenir de braves gens » ? Il reconnaît toutefois le droit de punir puisque le contrat social garantit le droit de propriété et qu’il convient donc que la Société défende les siens contre ceux qui ne respectent pas la règle du jeu.

Mais enfin cette idée de contrat pose une question : on naît quelque part et l’on ne choisit pas les règles qui régissent le pays. On est lié par un contrat, ligoté par un contrat dont on n’a pas choisi les clauses. C’est bien joli de nous parler de siècle en siècle de règle du jeu, mais il y a toujours eu des individus que ce jeu n’intéressait pas. Ils peuvent assurément s’abstenir de lire sur une chaise-longue au milieu du terrain de rugby comme éviter de manger leur casse-croûte sur la table de bridge. Mais pourraient-ils donc aller dès lors que la planète tout entière n’est qu’un immense terrain de rugby ou une table de bridge où se déroule une partie sans fin ? Quand on leur rétorque « Libre à toi de changer de pays », on sait bien que ne peut en exister aucun dont un individu pourrait trouver justes toutes les lois.

On a souvent fait remarquer que dans cette idée de contrat social, le petit renoncement à quelques minuscules libertés individuelles pour le bien de tous pouvait coûter très cher et qu’un individu n’a jamais intérêt à aller à la guerre (sauf carrière militaire assurée à l’arrière). Ce qu’on a peut-être un peu moins remarqué, c’est qu’une bonne partie de la population, en temps de paix, est constamment mobilisée, envoyée à la guerre chaque