Page:Bakounine - Lettres à Herzen et Ogarev, trad. Stromberg, Perrin, 1896.djvu/97

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


devra avoir une si grande popularité, qu’elle pourra devenir un objet d’exploitation suivant leurs vues personnelles. « Seulement, ajouta-t-il, les brigands compromettraient la révolution aux yeux de l’opinion publique, et cela vaut qu’on y prenne garde. »

« Enfin, je commençai à faire les préparatifs de mon voyage. La veille de mon départ, Bakounine, qui avait calculé d’après l’indicateur, la somme nécessaire à mon retour, me demanda de lui montrer le contenu de ma bourse. Je cherchai vainement à le persuader que j’étais suffisamment muni d’argent, il insista quand même. Je fus contraint d’ouvrir mon portemonnaie — il y manquait à peu près trente francs.

— « Je vais m’arrêter en Bohême, où j’ai des amis. Je pourrai leur emprunter autant d’argent que j’en aurai besoin », lui dis-je.

— « Bon, bon, va me conter de ces fables ! » dit Bakounine. Et il prit, dans le tiroir de sa table, une petite boîte en bois, l’ouvrit, et, toujours en suffoquant, il compta trente francs qu’il me remit.

— « Très bien. Je restituerai cet argent dès que je serai arrivé en Russie ».

— « À qui veux-tu donc le restituer ? N’est-ce pas à moi ?… »

« Et il ajouta :

— « Mais c’est de l’argent qui ne m’appartient pas. »

— « À qui devrai-je donc l’envoyer ? »

— « Hein ! Voyez-vous ce défenseur de la propriété privée !… Enfin, si tu tiens absolument à restituer cet argent, tu le donneras pour la cause russe. »