Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/196

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douloureusement ému que, lorsque je le vis, les larmes jaillirent de mes yeux.

» Sa froideur m’étonna. Elle contrastait avec mon émotion et semblait me la reprocher. D’un air de réserve et de hauteur cérémoniale, il me demanda ce que je venais faire en Angleterre, depuis combien du temps j’y étais, et si je comptais y rester long-temps. Je me persuadai qu’il savait d’avance les torts de sa fille, et que sa froideur avec moi n’était qu’un moyen d’éloigner les reproches que j’avais à lui faire. Dans tous les temps, il est vrai, je l’avais vu froid, posé, et ses ennemis taxaient de morgue et d’insolence aristocratique la réserve de ses manières. Mais bouleversé comme je l’étais, il me semblait que cette froideur était une insulte à mon émotion. Je m’armai de courage, mes larmes se tarirent, et je lui fis à mon tour, d’un ton calme et concentré, le récit de mon aventure à Messine et de ma visite à Bath. Je ne lui cachai aucune particularité, ni la lecture de ce fatal article de journal, ni les conseils du père Anselme, ni ma conversation avec l’hôtesse.

»Il m’écouta en silence. Sa fille avait paru consternée, lui n’était qu’attentif. Il fit plusieurs tour