Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/242

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constamment maintenu entre douze et quinze mille livres, il lui restait à peine quelques louis par devers lui. Il tint alors conseil avec lui-même, et, toutes choses considérées, ayant cru reconnaître que de tous les larcins que pouvait commettre un homme, celui d’une ame était, sans contredit, le plus odieux ; étant en outre prouvé pour lui que la seule manière qui fût en son pouvoir de réparer son crime, c’était d’en commettre, dans un ordre inférieur, un second ; avec l’argent qui lui restait, il tenta la fidélité d’un domestique, et obtint de lui d’être introduit, durant la nuit, dans la maison du libraire, afin de lui dérober le violon.

Mais la malédiction avait frappé tellement à plein sur le misérable, que même une mauvaise pensée ne lui réussissait pas. Le domestique qui avait reçu son argent se trouva être un honnête fripon, qui, ayant calculé le bénéfice qu’il y avait à recevoir le prix d’une méchante action et à ne pas la commettre, le dénonça à son maître. Pris en flagrant délit, au moment où il venait de commettre son vol, Tobias fut jeté en prison, et se vit menacé de voir couronner toutes ses tribulations par un arrêt infamant. L’effroi de cet avenir acheva de compléter chez lui un mal que d’abord la violence