Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/258

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e l’œil, vous et votre argent ; vous reculiez effrayé. Pas un sentiment de bienveillance, pas un éclair de générosité dans cette ame. Il ne parlait jamais aux enfans, dédaignait les femmes, et ne s’est jamais marié. Il ne s’intéressait à personne qu’à lui-même et au monceau de doublons, bien trébuchans, qu’il avait entassés. Il restait enfermé en lui, occupé à contempler l’image intérieure de sa fortune, et à ronger son propre cœur, tourmenté par la crainte du vol et le chagrin de ne pas accroître plus rapidement ses gains. Dans ce cœur en proie à une souffrance de tous les momens, le ver rongeur de l’avarice continuait jour et nuit ses morsures.

Il y a quinze jours, ou à peu près, Ferrera vint chez moi. Il commença par se plaindre de la cupidité des hommes, de la difficulté de gagner sa vie, et du malheur des temps : ainsi font tous les avares. Je ne savais à quoi il en voulait venir. Puis il me dit : « Garcias, tu es honnête homme, autant qu’on peut l’être aujourd’hui ; dis-moi donc un peu, la main sur la conscience, combien me prendras-tu pour me creuser une fosse de quinze pieds de profondeur ?