Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/390

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j’entendis ouvrir une porte, je sentis l’air chaud d’un appartement, et nous allâmes à pas de loup, comme des voleurs en expédition.

Enfin la douce main de la camariste m’ôta mon bandeau.

Je me trouvai dans une grande chambre, haute d’étage, et mal éclairée par une seule lampe fumeuse. La fenêtre était ouverte, mais elle avait été garnie de gros barreaux de fer par le jaloux mari ; j’étais jeté là comme au fond d’un sac.

Il y avait à terre, sur une natte, une femme magnifique, dont la tête était couverte d’un voile de mousseline, mais à travers lequel ses yeux pleins de larmes brillaient de tout l’éclat des étoiles. Elle serrait avec force sur sa bouche un mouchoir de batiste, et le mordait si vigoureusement que ses dents l’avaient déchiré et y étaient entrées à moitié… Jamais je n’ai vu si beau corps, mais ce corps se tordait sous la douleur comme se tord une corde de harpe jetée au feu. La malheureuse avait fait deux arcs-boutans de ses jambes, en les appuyant sur une espèce de commode ; et, de ses deux mains, elle se tenait aux bâtons d’une chaise en tendant ses bras, dont toutes les veines