Page:Balzac - Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1855, tome 18.djvu/394

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continuez l’égoïsme de la cantatrice qui, certes, a causé par sa nonchalance le mal dont l’étendue vous effraie, vous reverrez les échafauds où sont morts vos prédécesseurs pour les fautes de leurs pères. Faire le bien obscurément, dans un coin de terre, comme Rigou, par exemple, y fait le mal !… Ah ! voilà des prières en action qui plaisent à Dieu !… Si, dans chaque commune, trois êtres voulaient le bien, la France, notre beau pays, serait sauvée de l’abîme où nous courons : une irréligieuse indifférence à tout ce qui n’est pas nous !… Changez d’abord, changez vos mœurs, et vous changerez alors vos lois ! ..

Quoique profondément émue en entendant cet élan de charité vraiment catholique, la comtesse répondit par le fatal : Nous verrons ! des riches qui contient assez de promesses pour qu’ils puissent se débarrasser d’un appel à leur bourse, et qui leur permet plus tard de rester les bras croisés devant tout malheur, sous prétexte qu’il est accompli.

En entendant ce mot, l’abbé Brossette salua madame de Montcornet et prit une allée qui menait directement à la porte de Blangy.

— Le festin de Balthasar sera donc le symbole éternel des derniers jours d’une caste, d’une oligarchie, d’une domination !… se dit-il quand il fut à dix pas. Mon Dieu ! si votre volonté sainte est de déchaîner les pauvres comme un torrent pour transformer les sociétés, je comprends que vous aveugliez les riches !…


XII. Comme quoi le cabaret est la salle de conseil du peuple

En criant à tue-tête, la vieille Tonsard avait attiré quelques personnes de Blangy, curieuses de savoir ce qui se passait au Grand-I-Vert, car la distance entre le village et le cabaret n’est pas plus considérable qu’entre le cabaret et la Porte de Blangy. L’un des curieux fut précisément le bonhomme Niseron, le grand’père de la Péchina qui après avoir sonné le second Angelus, retournait façonner quelques chaînées de vigne, son dernier morceau de terre.

Voûté par le travail, le visage blanc, les cheveux d’argent, ce vieux vigneron, à lui seul toute la probité de la commune, avait été pendant la Révolution président du club des Jacobins à La-Ville-aux-Fayes, et juré près du tribunal révolutionnaire au District.