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Page:Balzac - Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 15.djvu/134

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impitoyable serrure la clef qu’il a trouvée, n’est pas plus timidement audacieux. Quand la comtesse se vit sur son séant sans avoir réveillé son gardien, elle laissa échapper un geste de joie enfantine où se révélait la touchante naïveté de son caractère ; mais le sourire à demi formé sur ses lèvres enflammées fut promptement réprimé : une pensée vint rembrunir son front pur, et ses longs yeux bleus reprirent leur expression de tristesse. Elle poussa un soupir et replaça ses mains, non sans de prudentes précautions, sur le fatal oreiller conjugal. Puis, comme si pour la première fois depuis son mariage elle se trouvait libre de ses actions et de ses pensées, elle regarda les choses autour d’elle en tendant le cou par de légers mouvements semblables à ceux d’un oiseau en cage. A la voir ainsi, on eût facilement deviné que naguère elle était tout joie et tout folâtrerie ; mais que subitement le destin avait moissonné ses premières espérances et changé son ingénue gaieté en mélancolie.

La chambre était une de celles que, de nos jours encore, quelques concierges octogénaires annoncent aux voyageurs qui visitent les vieux châteaux en leur disant : — Voici la chambre de parade où Louis XIII a couché. De belles tapisseries généralement brunes de ton étaient encadrées de grandes bordures en bois de noyer dont les sculptures délicates avaient été noircies par le temps. Au plafond, les solives formaient des caissons ornés d’arabesques dans le style du siècle précédent, et qui conservaient les couleurs du châtaignier. Ces décorations pleines de teintes sévères réfléchissaient si peu la lumière, qu’il était difficile de voir leurs dessins, alors même que le soleil donnait en plein dans cette chambre haute d’étage, large et longue. Aussi la lampe d’argent posée sur le manteau d’une vaste cheminée l’éclairait-elle alors si faiblement, que sa lueur tremblotante pouvait être comparée à ces étoiles nébuleuses qui, par moments, percent le voile grisâtre d’une nuit d’automne. Les marmousets pressés dans le marbre de cette cheminée qui faisait face au lit de la comtesse, offraient des figures si grotesquement hideuses, qu’elle n’osait y arrêter ses regards, elle craignait de les voir se remuer ou d’entendre un rire éclatant sortir de leurs bouches béantes et contournées. En ce moment une horrible tempête grondait par cette cheminée qui en redisait les moindres rafales en leur prêtant un sens lugubre, et la largeur de son tuyau la mettait si bien en communication avec le ciel, que les nombreux