Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/108

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une main qu’elle ne lui tendit pas, il suivit Oliva, dans une disposition singulière et entremêlée que connaissent seuls les hommes qui ont rompu avec ce qui fut longtemps la vie et qui ne peuvent plus s’attendrir.

Oliva revint avec sa cassette.

« Rallumez le feu, » dit la señora, et elle ouvrit le précieux coffret.

Elle en tira un médaillon enchâssé dans de l’or. C’était un riche portrait de Marigny, porté autrefois, mais qu’elle ne portait plus.

Le feu reflambait, grâce à Oliva.

Alors, avec un mouvement de panthère, la Vellini précipita dans la flamme le médaillon, portrait, or et tout. L’or fondit, mais comme si la frêle image déjà dévorée n’eût pas brûlé assez vite au gré de son brutal caprice, elle saisit la barre de fer au foyer et frappa avec furie la place où elle avait disparu, brisant, écrasant, broyant les charbons enflammés. Chose inouïe ! elle redevenait belle. Dans l’emportement de son action, la tresse de ses cheveux s’était détachée et pendait sur sa maigre épaule. Le brasier dévorant était pâle en comparaison du feu qui lui sortait par les yeux.

Elle broyait… broyait. Pour un fait à peu près pareil, lord Byron avait été jugé fou par la sagace et raisonnable Angleterre ; mais Oliva, malgré ses cheveux d’or brûlant, n’était pas