Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/111

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ment aux dentelles de sa corbeille ; dernier rayon de chevalerie, mourant sur des fleurs qui vont mourir ! dernier hommage que les hommes égoïstes offrent encore à la femme qu’ils aiment, — ou qu’ils n’aiment pas, — mais qu’ils épousent !

Ce culte pieux rendu à la jeune vierge qui va devenir une madone, M. de Marigny, l’un des beaux de ce temps, le pratiquait avec une ferveur d’amabilité d’autant plus grande qu’elle prenait sa source dans un amour vrai. Ce que tant d’hommes froids font par bon goût, par orgueil ou par un sentiment supérieur d’élégance, il le faisait, lui, pour toutes ces raisons et pour une autre qui est la meilleure, la raison des cœurs bien épris. En dehors de l’amour, il eût encore été, au point de vue du monde et de ses appréciations, le plus charmant des fiancés, mais il aimait… et cet amour donnait aux moindres détails une valeur infinie, et transfigurait les bagatelles. Son sentiment, frémissant et contenu par ces barrières de cheveux que l’on appelle les convenances, jetait sur toutes choses l’écume brillante de ses ardeurs dévorées, de ses docilités douloureuses. Il attestait sa force par la souplesse de son obéissance, et ne pouvant se parler dans les bras, il se parlait aux pieds et il s’inventait des langages pour remplacer cette grande lan-