Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/120

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jeune fille objet des vœux de tous, et d’incliner vers soi la balance où sont versées la beauté, la jeunesse, la fortune et l’éclat d’un nom, avec le simple don du ciel qui fait qu’on vous aime. Un sentiment d’un autre ordre s’ajoutait encore à celui-là. Sous la compression de ces mille regards d’une salle entière qui montaient ou descendaient vers lui de toutes parts, son amour contenu fermentait dans sa poitrine et la gonflait de ses bouillonnements captivés. Ah ! ne craignons pas de l’avouer ! nous avons tant besoin de témoins dans la vie, que le monde est souvent un miroir concentrique qui renvoie l’amour dans nos cœurs avec des feux de plus. Hermangarde l’éprouva aussi, ce soir-là. Elle aussi se couronna des sensations dont elle vivait. Il ne fut parlé que de sa beauté dans toutes les loges. Elle avait une robe de satin bleu pâle dans les profils miroitants de laquelle le jeu des lumières frémissait, et du sein de tout cet azur, — la vraie parure des blondes, — elle étalait le candide éclat, la souple et douce majesté d’un cygne vierge. La rêverie de ses yeux limpides, la netteté de son profil de bas-relief antique auraient pu l’exposer au reproche de froideur qu’encourt la trop grande perfection ; mais le vermillon de ses joues, aussi éclatant que la bande écarlate de ses lèvres, montrait assez que, sous le marbre