Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/137

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« C’est à elle que je veux arriver. Je n’ai point à entrer avec vous dans tous les détails de cette portion de ma jeunesse écoulée avant de la connaître. Si jamais vous en étiez curieuse, je vous les dirais, mais à quoi cela servirait-il ? J’ai été ce que sont la plupart des caractères passionnés dans un temps comme le nôtre. J’ai dépensé une grande activité dans de grands désordres… Ne m’avez-vous point d’ailleurs absous de tout cela en me prenant pour votre fils ?… »

Il s’arrêta, comme ne voulant pas pousser plus loin cette analyse personnelle que d’ordinaire on aime tant à prolonger. Était-ce bon goût chez lui ou raison plus grave qui le faisait être si sobre tout en se peignant ? Il reprit :

« C’est au plus épais de cette vie excessive que je rencontrai Vellini. Je revenais de Bade en 18.. à la fin de l’été. J’y avais passé le temps comme on l’y passe, quand on a le goût des femmes et du jeu. J’y avais été très heureux de toutes les manières. Rien ne manquait à ma gloire de jeune homme, et vous savez, marquise, de quels éléments cette gloire est faite. J’étais alors dans la disposition lassée qui est la suite des plaisirs violents. J’éprouvais les mortes langueurs du dégoût. Je ne pensais pas qu’une passion viendrait me tirer du gouffre où j’avais roulé d’excès en excès. D’ailleurs,