Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/141

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des alcools, avait envahi et violemment saisi ce visage. C’était sir Reginald Annesley. La femme assise à côté de lui était la sienne, cette Malagaise dont le comte de Mareuil venait, à l’instant même, de me parler, avec l’enthousiasme des hommes blasés, — le plus grand des enthousiasmes, quand on se ravise d’en avoir !

« Nous avions fait quelques pas en avant et nous nous trouvions assez près de la calèche. Il y avait alors beaucoup de monde sur le boulevard. D’élégantes voitures, revenant de la promenade du soir, stationnaient depuis le café de Paris jusqu’à la rue Le Pelletier ; incessamment des femmes en descendaient pour venir, selon l’usage des nuits d’été, prendre des glaces à Tortoni. On les voyait passer, en étincelant, dans ce flot noir d’hommes qui aimait à se grossir et à s’arrêter sur les marches de ce café, hanté par toute l’Europe, on ne sait trop pourquoi. La nuit était superbe, — une belle nuit de juillet, — inondée de tous les genres de clarté, depuis la flamme implacable des becs de gaz jusqu’aux molles lueurs de la lune. On y voyait autant qu’en plein jour.

« — Pourquoi ne pourrais-je pas la juger ?… dis-je en lorgnant la Malagaise, que le comte de Mareuil salua.

« — Vous saurez pourquoi demain, — fit Mareuil assez mystérieusement.