Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/147

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


encore plus énervante que le luxe royal qui l’entourait. « Vous l’entendrez vous dire avec une originalité charmante, — ajoutait de Mareuil, — qu’à quinze ans elle ne savait ni lire, ni écrire, et qu’elle passait une partie de ses journées, couchée par terre aux pieds de sa mère, à tracer sur le marbre des appartements les plus gracieuses figures avec son doigt humecté à ses lèvres. » Paresse, liberté, accomplissement des plus soudaines fantaisies, tout devait la rendre indomptable. Heureuse et dangereuse enfance, finie tout à coup par une catastrophe, la mort de la duchesse de Cadaval-Aveïro, étouffée dans une de ces palpitations qu’elle avait gardées depuis la perte horrible de son amant. Vellini resta sans ressources, exposée à la haine d’une famille puissante, n’ayant que des bijoux et quelques valeurs mobilières, car sa mère, aveugle de tendresse, n’avait pris pour elle aucune disposition d’avenir. C’était là tomber de bien haut sur le pavé de Malaga. Aussi ne voulut-elle pas y rester. Elle en disparut. Ceux qui l’y avaient connue la retrouvèrent plus tard à Séville, menant une vie de dissipation et d’éclat que le monde expliquait comme tout ce qu’il ne comprend pas. Sir Reginald Annesley, ennuyé comme un nabab, l’y avait vue et s’en était épris avec une passion que les jouissances de l’Orient n’avaient