Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/148

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point éteinte, et il l’avait épousée avec le mépris d’un grand seigneur pour l’opinion bégueule de son pays. Il y avait deux ans qu’ils étaient mariés, quand de Mareuil les avait connus. Comme il s’en était vanté à moi, il était devenu un tel partner du mari qu’ils avaient voyagé ensemble et qu’il leur avait proposé, pour tout le temps qu’ils seraient à Paris, d’habiter l’aile droite de son hôtel des Champs-Élysées, et ils avaient accepté.

« Voilà toute l’histoire qu’il me fit. — « Cela ne manque pas de couleur, ce que vous me racontez là, — lui dis-je, — mon cher de Mareuil.

« Mais l’ironie ne pénétrait plus chez cet homme que j’avais connu si railleur et une des plus froides vipères du siècle. Non ! Il était amoureux. Il était devenu brave contre la plaisanterie, indifférent à tout ce qui n’était pas son amour.

« — Et croyez-vous être aimé ? — lui dis-je, avec l’intérêt d’un homme qui soupe chez un autre le lendemain.

« — Ah ! — dit-il avec un joli mouvement de naturel, — je n’en sais rien encore. Vous qui êtes de sang-froid et bon observateur, tâchez de le savoir. Étudiez-la. Quant à moi, je suis complètement dérouté.

« — Mon cher, — repris-je, — si elle a un