Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/190

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


incessamment sous ses vêtements d’homme. J’entendais sa voix acharnée s’écrier comme le jour du duel : « Tue-le, Reginald ! » et, faut-il le dire ! l’amour fait-il de nos plus grands orgueils des lâchetés ? Tant de haine n’appelait pas ma haine ! J’aimais mon bourreau. Oh ! quel supplice d’aimer son bourreau ! « Mon cher, — me disait de Mareuil, — nous nous perdons dans cet abîme. Avec mon amour pour elle, elle m’a fait positivement horreur, jusqu’au moment où vous avez été frappé. Mais à peine êtes-vous tombé, qu’un peu de la femme s’est retrouvé. Elle est devenue pâle comme on le devient quand on va mourir. Trop occupé de vous donner les premiers secours et de vous rapporter à Paris, je n’ai guères pu étudier ou deviner le genre d’émotion qui l’a saisie. Était-ce de la haine satisfaite ? de la pitié ou simplement des nerfs montés qui se détendaient ?… Je ne sais, mais, du moins, elle avait perdu le caractère de férocité sombre et froide qui m’avait tant révolté pendant le détail du combat. » Alfred de Mareuil ajoutait une infinité d’autres choses. Par exemple, après le duel, il avait été plusieurs jours sans la voir, quoique sir Reginald eût envoyé assez délicatement prendre de mes nouvelles chez le comte et qu’ils se maintinssent tous les deux sur le pied de familiarité intime où ils vivaient depuis longtemps.