Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/193

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pour les rêves qu’il m’apportait toujours. On était au commencement de septembre. La chaleur, qui rendait ma guérison plus difficile, était étouffante. Le soleil était couché, mais la nuit était loin encore. Je ne dormis pas longtemps. Quelque chose de plus brûlant que la chaleur qui m’oppressait, passa sur mes yeux et me réveilla. Quand je les rouvris… Ah ! je crus à une hallucination de ma tête affaiblie ! Je vis nettement la Malagaise, assise sur le pied de mon lit, mais le buste penché vers moi, ayant pour point d’appui sa main posée près de mon épaule. Son visage effleurait tellement mon visage, que c’était sans doute l’haleine de sa bouche entr’ouverte qui était passée sur mes paupières. Elle était immobile, silencieuse et pâlie, maigrie, changée, méconnaissable, mais les yeux toujours vivants, — ces yeux vampires qui vous suçaient le cœur en vous regardant, et qui, pour la première fois, cherchaient les miens avec une douceur inconnue.

« — Ah ! mon Dieu, toujours ce rêve ! — m’écriai-je, effrayé et heureux en même temps de ce qu’il ressemblait si fort à la vie.

« — Ce n’est pas un rêve ! — dit-elle de sa belle voix de contralto, qui m’attesta, par une sensation de plus, que je ne dormais pas. — C’est la réalité, c’est Vellini.