Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/197

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j’ai senti que j’étais perdue… Si vous étiez mort, je me serais poignardée… »

« Je la pris dans mes bras avec délire et je la couvris de caresses.

« — Oui, serre-moi contre cette poitrine que j’ai fait blesser, — dit-elle. — À la force de tes étreintes, montre-moi que la vie t’est revenue, mon Ryno ! Une autre que moi te dirait tout ce qu’elle aurait souffert depuis quarante jours. Mais moi, non ! Je ne me vante que de t’aimer. Regarde et devine ! Tiens ! — ajouta-t-elle en soulevant ses bandeaux, torrents de cheveux noirs vigoureusement ondes à ses tempes, — les cheveux m’ont blanchi. » — C’était vrai, marquise ! —

— « Ah ! j’ai vieilli, — reprit-elle, — dans les remords et les inquiétudes tant de nuits ! Je suis venue ici secrètement, en versant de l’argent à pleines mains. J’ai obtenu de ceux qui te soignaient de passer les nuits près de toi. Quand tu te réveillais, je me cachais pour ne pas te causer d’impression funeste. Tu ne te plaignais pas, tu souffrais comme un homme. Mais tu n’avais pas besoin de te plaindre pour que je sentisse dans mon sein les morsures de l’acier qui avait déchiré ta poitrine. Enfer pour qui a le sang que j’ai dans les veines ! Il fallait respecter ton repos ; il fallait ne pas baiser cette bouche qui disait mon nom dans le sommeil ! ce front que j’avais balafré ! Moi qui n’ai