Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/222

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cinq nuits de souffrances aiguës et une agonie dont nous partageâmes les tortures. Le désespoir de Vellini fut d’abord muet et terrible ; car pour cette femme qui criait de bonheur quand elle était heureuse, ce silence dans lequel elle resta plongée avait quelque chose de plus tragique que les pleurs et que les sanglots. Je craignis un instant pour sa raison… Elle ne voulait pas abandonner le cadavre de son enfant. La bouche entr’ouverte, hérissée, rigide, vous l’auriez prise pour une statue de l’Horreur. Ce ne fut que quand un voile bleuâtre, plus épais et plus affreux que celui de la mort, fut descendu sur le front pur de la pauvre petite trépassée, qu’elle comprit la nécessité de s’en séparer. Seulement, l’idée que l’être à qui elle s’était unie par tant de caresses allait être la proie d’une hideuse destruction, renversa cette âme primitive, cette imagination qui donnait à tout une forme tangible et qui aurait vu toute sa vie — comme la Zahuri des superstitions de son pays — la dissolution du corps bien-aimé à travers la terre et les fleurs qui l’auraient couverte. « Brûlons-la plutôt, Ryno, » me dit-elle un soir. C’était bien une idée digne d’elle, d’une femme qui, sans effort et en restant ce que Dieu l’avait faite, foulait la vie ordinaire sous ses pieds ; mais son angoisse avait un si auguste caractère