Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/257

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assombri ou froncé son front soupçonneux. Cela pouvait être un de ces revirements soudains comme il y en a tant dans l’âme humaine ! Elle ne me faisait plus, il est vrai, des scènes furibondes comme autrefois, mais elle me montrait la rigidité amère et muette des caractères absolus. Elle était plus capricieuse encore qu’on ne l’avait jamais vue. Elle foulait aux pieds Cérisy. C’est sur lui que retombaient tous les éclats de son humeur. Témoin de ces injustices et d’ailleurs très préoccupé de ma belle comtesse, avec qui je perdais seulement pour la voir le temps qu’il est d’usage de dépenser avec les femmes du monde, je dis à Vellini que je m’abstiendrais de revenir rue de Provence.

« — Orgueilleux ! — s’écria-t-elle, avec un orgueil révolté du mien. — Tu t’imagines donc que je t’aime toujours et que je suis bien malheureuse ? Tu crois m’épargner en t’éloignant ? Tu te sauves de moi comme d’une maîtresse dont tu craindrais les persécutions ? Mais ne t’ai-je pas dit de l’aimer, ta comtesse de Mendoze ! Aime-la, Ryno. Qu’est-ce que cela me fait !…

« Et elle me disait cela, pâle, hâve, les joues marbrées de deux taches rouges, la voix faussée par la colère qui entr’ouvrait tout ce mépris. C’était encore une de ses puissances