Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/259

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doze, dans cette langue enthousiaste et sensuelle qui allait si bien à ce que je savais de sa nature, enflammant mon récit davantage par le désir de voir clair dans son âme et de terrasser tout cet orgueil de Lucifer ; mais, sous mon récit et sous ma main, ce cœur altier resta immobile, comme s’il eût valsé encore au bord de la tour de trois cents pieds !

« — Tu peux donc revenir ! » — me dit-elle avec la joie d’une telle épreuve et le plus superbe de ses regards. — Et je revins. Oui, je revins, marquise ! L’espèce de pitié qu’elle avait excitée en moi qui la croyais jalouse, périt dans mon cœur et n’y reparut plus. Je revins attiré par la force de cette âme, qui ressemblait si peu à la coquetterie taquine et menteuse des antres femmes. L’amour était éteint, mais l’intérêt reparaissait sous une autre forme que l’amour. Elle m’avait aimé. Ne m’aimait-elle plus ? Tous les souvenirs de l’esclavage et de la curiosité m’obsédaient, me repoussaient chez elle. J’y allais en sortant de chez la comtesse. J’avais beau être amoureux, — et je l’étais vraiment ! je passais plus d’heures chez Vellini qu’à l’hôtel de Mendoze. Je ne sais pas comment elle s’y était prise pour ensorceler Cérisy ; mais je ne remarquai jamais qu’il fût jaloux de mes visites. Elle me parlait beaucoup de la comtesse. Elle ne comprenait