Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/270

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sait profondément de tout ce qui eût causé un peu d’embarras à toute femme moins fortement éprise. Ryno de Marigny, en entendant ces douces paroles vivifiées des plus célestes inflexions de l’amour, serra la belle main qu’il tenait dans les siennes et qui déjà était à lui.

« Et quand cela serait ? — répondit en riant la marquise, — je ne dépenserais pas ton bien pour longtemps, petite, car dans vingt-quatre heures, lui et toi, vous ne ferez plus qu’un. »

Le lendemain, à midi, tout le faubourg Saint-Germain assista au mariage de Mlle de Polastron et de M. de Marigny. La marquise douairière de Flers avait voulu donner à cette cérémonie la solennité qu’on y donnait dans sa jeunesse. À présent, une fausse pudeur, une pudeur anglaise qui met sur tout son voile indécent, a fait du mariage une espèce de huis clos mystérieux. On cache son bonheur comme s’il était coupable. On ne sait plus, en donnant la main à une belle fille qu’on prend pour femme, sous l’œil de Dieu et à son autel, porter légèrement sur son front levé le regard des hommes. On aime mieux recevoir furtivement la bénédiction d’un prêtre et s’enfuir dans une chaise de poste, comme une bête qui emporterait sa proie, que de donner à l’acte qui fonde une famille nouvelle la lente et majestueuse obser-