Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/276

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comtesse d’Artelles et lui fit tourner fort irrévérencieusement le dos à l’autel. Elle aurait oublié Dieu le père lui-même, en personne, pour voir la señora Vellini. Dix curiosités en une seule braquèrent ses yeux, armés de lunettes, vers l’endroit que lui désigna le vicomte. Elle voulait juger Vellini, cette terrible maîtresse de dix ans ! C’était la curiosité de la femme, qu’avait eue aussi Mme de Flers. Puis, c’était la curiosité de l’ennemie ! Pourquoi la señora était-elle venue à ce mariage ? Était-ce l’amour désolé qui entr’ouvrait et faisait saigner sa blessure ? Était-ce le projet de quelque scène, de quelque scandale, peut-être de quelque vengeance ? Quel sentiment enfin l’avait poussée à Saint-Thomas d’Aquin pour s’y repaître les yeux et l’âme de l’outrageant bonheur de M. de Marigny ? Questions qui faisaient palpiter tout ce qu’il y avait de vivant dans Mme d’Artelles. Elle resta un moment à considérer la señora comme si l’église avait été un théâtre et qu’elle eût fixé une actrice.

« C’est donc cela, cette Vellini dont vous parlez tant ! » dit-elle, du même ton que M. de Prosny avait pris pour lui parler, mais avec l’expression du dédain le plus aigu.

L’Espagnole était assise du côté droit de la tribune. Par la pose qu’elle avait alors, on ne voyait que son buste. Elle portait la robe de