Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/278

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pareilles ne lui manque pas. Sa mise est celle d’une baladine. Mort de ma vie ! ils sont jolis, les goûts des hommes de ce temps en général, et de M. de Marigny en particulier ! »

M. de Prosny ne répondit pas. Il était allé souvent chez la señora Vellini, et peut-être avait-il plus d’indulgence que Mme d’Artelles pour les goûts de la jeunesse de ce temps.

« Elle a l’air bien tranquille pour faire une scène, — ajouta la comtesse. — Et pourtant dans quelle autre intention une femme comme elle serait-elle venue à ce mariage ? Qu’en dites-vous, monsieur de Prosny ? »

M. de Prosny n’en disait rien du tout. Il était occupé à lorgner le côté gauche de la tribune, dans laquelle se trouvait une autre femme, en noir aussi, comme la señora, mais dont la pose était moins fière et moins mondaine. Cette femme était à genoux sur un prie-Dieu placé au bord de la balustrade, affaissée, le visage caché et soutenu par des mains amaigries. On eût dit qu’elle était la proie de sa propre prière, si elle en adressait une au ciel, ou de sa propre pensée, si elle ne priait pas.

« Comtesse, — s’exclama presque M. de Prosny, — voici un hasard des plus étranges ! Qui croyez-vous qu’est cette femme de l’autre coté de la tribune et qui fait pendant à la señora Vellini ?… Tenez… là !… qui semble