Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/288

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voix auquel un tressaillement des échos de l’orgue répondit. Puis elle ajouta d’un ton plus bas, avec la superstition retrouvée d’une Espagnole : — mais cela ne peut pas se dire dans l’église… »

Et comme pour écarter les deux démons de la Volupté et de l’Orgueil qui la poussaient à faire curée devant sa rivale des souvenirs de son amour, elle — qui pensait si peu à Dieu d’ordinaire — se couvrit d’un grand signe de croix.

La comtesse eut une rougeur sous sa pâleur de larmes. L’accent de la Malagaise lui révélait d’épouvantables bonheurs dont l’idée n’avait jusque-là jamais approché de son âme, chaste comme la neige des glaciers, mais comme la neige des glaciers quand elle commence de devenir fumante sous les forts rayons du soleil.

« Je ne veux pas le savoir non plus, — dit Mme de Mendoze avec le sentiment d’un affreux regret. — Mais l’amour, c’est le dévouement, et si vous l’aimiez encore, madame, comme moi je l’aime toujours, dites, qu’auriez-vous fait aujourd’hui ?

— Si je l’aimais encore !!! Voyez-vous ce cuchillo, comtesse ? — reprit la señora, en tendant une espèce de couteau grossier par-dessus le bénitier à Mme de Mendoze, qui eut horreur de l’instrument et du geste. — Je serais