Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/47

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l’esprit léger, on lui croyait toute la tête légère ; mais, sous les frivoles surfaces, — comme sous les grains du rouge qu’elle mettait à vingt ans, circulait la vie, — il y avait la réflexion qui voit juste et la sagacité qui voit clair. C’était une femme de sens qui avait eu des sens, mais qui n’avait jamais eu plus d’imagination qu’une Française, c’est-à-dire que la femme de l’Europe et du globe qui entend le mieux les adorables calculs de l’amour et le ménage de son bonheur. Cette poésie des sens, dans une créature divinement jolie et riche, qui pouvait, quand il lui plaisait, comme une des princesses de Brantôme, recevoir son amant dans des draps de satin noir, avait suppléé, dès sa jeunesse, à cette imagination absente et qui eût peut-être compromis sa vie. Sa renommée était restée saine et sauve. Malgré de nombreuses fantaisies dont personne ne sut le chiffre exact, elle avait marché avec une précaution et une habileté si félines sur l’extrémité de ces choses qui tachent les pattes veloutées des femmes, qu’elle passa pour Hermine de fait et de nom. Elle s’appelait Hermine d’Ast, marquise de Flers. Pour obtenir ce résultat, elle n’avait ni dit de faussetés ni fait de bassesses. Elle n’avait point joué le rôle odieux d’une madame Tartuffa qui met le crucifix dans son alcôve. Non ! Elle usa d’un tact merveilleux qu’une femme