Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


diquait la femme de chambre, si ce n’est le tablier blanc consacré. Elle éclaira, de son bougeoir de cristal, M. de Prosny et lui fit traverser plusieurs pièces. Elle marchait d’un pas résolu et voluptueux tout ensemble, et l’on entendait craquer sur les tapis le satin turc de sa bottine. Son ondoyante taille profilait d’alliciantes ombres sur les draperies qu’elle éclairait en passant. Il fallait que la señora Vellini eût une grande idée de sa beauté pour garder chez elle une camériste de cet air-là. Il fallait qu’elle eût l’orgueil immense qui naît de la force éprouvée. La plus altière du faubourg Saint-Germain aurait renvoyé haut la main une femme de chambre au port si princesse, et qui, en tendant un plateau ou une lettre, prenait tout naturellement des attitudes à exposer ses amies et soi-même aux plus écrasantes comparaisons.

Quand on voyait Oliva, l’idée venait : si c’est là la soubrette, qu’est donc la maîtresse ? Mais le vicomte de Prosny ne pouvait se prendre à une telle préface. Il connaissait la señora Vellini, et il devait la retrouver avec quelques années de plus.