Page:Barbey d’Aurevilly - Les Bas-bleus, 1878.djvu/31

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fût, en effet, par le bouillonnement, par le ruissellement, par l’ardeur, elle ne le fut qu’en fusion, mais elle ne froidit jamais assez pour devenir une dureté et offrir l’aspérité d’une résistance !

Et le livre de Weymar et Coppet l’atteste mieux que tout ce que nous savions déjà. Fait principalement avec des lettres de Mme de Staël, ce livre nous montre mieux la femme dans la négligence de tous les jours, que les œuvres de son génie, quoique dans les œuvres de son génie, on la voie cependant toujours, — Sirène au fond de sa fontaine ! Malheureusement beaucoup de ces let- tres sont adressées à la duchesse de Saxe-Weymar, et comme toutes les lettres qu’on écrit à des princesses ou à des princes et qu’il faut colleter d’étiquettes ou embarrasser de révérences, elles ont perdu du naturel et de la profondeur que leur auteur pouvait y mettre. Nonobstant tout, l'âme qui se mêle à tout comme elle l’a dit, s’y mêle encore, mais la brillante n’y est plus que la triste, et le génie, la fortune et la gloire ne peu- vent plus réussir à la faire heureuse ! Son ruisseau de la rue du Bac, dont on a tant parlé, n’y suffirait pas ! Exilée, elle ne l’est pas que par Napoléon. Elle l'est de Dieu aussi. C’est l’âme d’une femme dépaysée dans la vie. En ces lettres, elle a des touches à peine appuyées et profondes. Moins elle appuie même et plus elles sont profondes .. Et ces touches ne résonnent pas que l’exil ! Pour la première fois, on soupçonne la femme faible qu’elle fut en tout, cette femme éblouissante de génie, qui fut, au fond, aussi faible que Valmore, et qu’on y voit, en pleine maturité, de sa faiblesse divine, mourir !

                     III 

Écrit par une femme, aveuglée par le talent et la renommée de Mme de Staël, et n’ayant peut-être pas exactement conscience de ce qu’elle écrivait, ce livre