Page:Barbey d’Aurevilly - Les Bas-bleus, 1878.djvu/81

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qui se déchirait avec tant de peine et s’ensanglantait pour produire, Balzac accouchait de cruels chefs-d’œuvre qu’un tas d’esprits trouvaient ennuyeux ! Mme Sand ne connut jamais ce tas d’esprits-là ! Comme Alexandre Dumas, cet autre conteur facile, elle a toujours eu l’affreuse fortune de plaire à tous les publics ! La Critique en fut un pour elle, qui se mit galamment à ses genoux. M. Jules Janin n’a jamais été précisément un loup en critique. Il était jeune alors. Il se laissa enguirlander par l’auteur d’Indiana comme un chevreau par une Bacchante. Le jeune chevreau bondissait au Journal des Débats. Mais Planche, le hargneux Planche, montrait ses crocs dans la loge de la Revue des Deux-Mondes. Rappelez-vous l’article incroyable qu’il fit sur Jacques ! Le dogue était apprivoisé. Séduit comme les autres. Chateaubriand n’oublia pas cependant tout à fait qu’il était l’auteur du Génie du Christianisme, mais il condescendit jusqu’à faire une de ses grandes phrases sur Mme Sand. L’insulte à la rectitude de la vie ne saurait aller plus loin, dit-il, mais Mme Sand fait tomber son talent dans l’abîme, comme j’ai vu (il avait toujours tout vu !) la rosée tomber sur la mer Morte. Je crois même que M. Louis Veuillot, ce rude contempteur des temps modernes, eut aussi sa petite faiblesse pour le talent, en tant que talent, de l’insolente ennemie du Catholicisme. Comme talent donc, tout le monde lui a donné ; et la possession d’état dans la célébrité a été toujours s’accroissant pour elle et est devenue si forte, si incontestée et si tranquille, que personne ne s’étonne et ne réclame maintenant quand les plumes des petits jeunes gens et des éditeurs écrivent sérieusement la gloire de Mme George Sand !

La gloire ? C’est quelque chose qui reste. — Mlle Scudéry a-t-elle de la gloire ? — Mme Cottin a-t-elle de la gloire ? — Mlle Scudéry était lue, comme Mme Sand, au dix-septième siècle. Mme Cottin le fut sous l’Empire. — Mme Sand, — talent relativement supérieur, je l’ac-