Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/191

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fait pour mieux que cela, se remue puissamment dans le vide et finit par mourir faute d’air, comme un robuste oiseau pris sous la machine pneumatique. Selon nous, il n’y avait qu’un moyen d’arriver à une solution dans cette question de l’intelligence, mais ce moyen, dont un philosophe ne se serait jamais avisé, aurait été de relever intrépidement le lieu commun en face de la philosophie. En place de l’homme individuel qui n’arriverait jamais à l’intelligence s’il était seul, il fallait saisir toute la personne sociale. Au lieu de rechercher microscopiquement dans la conscience ou dans la mémoire le fait primitif fondamental et qui constitue l’intelligence humaine, il fallait en prendre le germe mystérieux et complexe et montrer que, sans la corvée du père et de la mère, il serait non avenu, puisqu’il ne se développerait pas !

Il fallait prouver que la plus haute source de mémoire, d’intelligence, de bonne volonté, d’acquisition, c’est la famille, l’éducation et le langage. La voix de l’homme est un fait ultramondain étranger au cosmos et particulier à l’homme, venant, nous le voulons bien, d’une vie antérieure, mais à la condition que cette vie antérieure sera Dieu. La parole renferme le mystère générateur de la pensée… In principio erat verbum. C’est donc par une théorie de la parole et non par l’analyse de faits de conscience imperceptibles que M. Doublet devait commencer son histoire. Il ne l’a pas fait et nous ne savons pourquoi. Le Catholicisme l’aurait enlevé à la Philosophie, et comme Hercule étouffait Antée en l’arrachant à la terre, la religion aurait étouffé le philosophe dans le ciel ! M. Doublet n’en dit pas un mot. Il est curieux de voir l’historien