Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/219

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III

Et c’est la vérité. M. L.-Auguste Martin nous analyse les livres sacrés, les quatre livres de Confucius, le Ta-Hio, le Tchong-young, le Lun-yu, leYao-King (voilà assez de cette musique, n’est-ce pas ?) et tout cela, c’est la vérité, est d’une majesté à laquelle, dans l’histoire intellectuelle des nations, il n’y a rien à comparer. Et cependant, malgré ces invocations et ces formules, qu’a fait la morale, de la Chine, cette morale transcendante régnant à la Chine, plus que l’empereur lui-même, ce grand moraliste en robe jaune, qui, sous les inscriptions et les étiquettes, est souvent un monstre d’immoralité auprès duquel les Césars de la décadence romaine ne seraient que d’aimables jeunes gens en goguette !

Est-ce que les Chinois, ces potiches, pris en masse et de siècle en siècle, ne cachent pas des hommes affreux ? Est-ce que ces grotesques dont on rit, qui sont les marionnettes des Occidentaux, ne sont pas au fond l’abjection, la trahison, l’abomination, l’infamie du globe ? Est-ce que dernièrement encore l’immense caricature n’a pas tourné au tragique, et avions-nous besoin de cela pour savoir ce qu’ils ont dans le ventre, ces poussahs au cerveau figé et à la poitrine vide de tout sentiment d’humanité et d’honneur ?

M. Martin avoue lui-même que Confucius, le plus sage des Chinois, ne put jamais parvenir à réaliser les réformes