Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/78

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


II

Il n’en a pas d’autre, en effet. Il écrit comme on écrit dans cette maison-là, avec la gravité pesante, grise et uniforme qui n’y distingue personne. Il a ce gros style qu’on appellera dans cinquante ans style Revue des Deux-Mondes, comme on dit le style réfugié, ce style que chacun met sur sa pensée à cette Revue, et qui ressemble à une casaque pendue dans l’antichambre pour le service de tous les dos.

M. Saint-René Taillandier est déjà un des anciens de la maison et de la casaque. Pendant que les talents qui fondèrent l’une et rejetèrent l’autre, et qui avaient trop de personnalité et de vie pour se laisser grossièrement éteindre, s’en allaient successivement à la file, il resta et passa maître, les maîtres partis. Il n’avait rien de ce qui avait brouillé les fondateurs de la maison avec un homme qui traitait ses écrivains comme un allumeur de quinquets attaqué d’ophtalmie traite ses becs de gaz, dont il hait et diminue la clarté. M. Taillandier était, lui, un quinquet fort sage, de lumière modérée, de chaleur sans inconvénient ; enfin, il était comme il fallait être pour vivre éternellement dans le clair-obscur de l’endroit. Chose importante ! il réussissait dans l’ennui. En talent, il était le billon dont Gustave Planche était la monnaie blanche. C’était du Gustave Planche tombé dans de l’allemand, une vase terrible et de laquelle on n’a jamais pu le sortir ! S’il n’y avait pas d’Allemands au monde, on peut se demander