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TRAGEDIE.

Songe que pour ton cœur c’eſt aſſez d’un mépris.
Par ſes premiers refus tu n’es que trop punie.
D’un outrage nouveau préviens l’ignominie.
L’inflexible Cyrus ajouteroit enfin
Le refus de ton cœur au refus de ta main.
C’eſt à toi, mon courroux, c’eſt à toi de paroître :
Eclate, & de mon cœur rens-toi l’unique maître.
Que Cyrus immolé… Que dis-je ? Quel tranſport !
Quoi ? moi-même à Cyrus je donnerois la mort ?
Ah ! ne vaut il pas mieux que Mandane périſſe ?
Eſt-il pour mon ingrat de plus cruel ſupplice ?
Mais on vient ; c’eſt lui même. Endurcis-toi, mon cœur.
Tu ne peux le punir avec trop de rigueur.



Scène IV.

TOMYRIS, CYRUS.



Cyrus.

POurquoi m’appelle-t-on ? Fiere de ma défaite,
N’en goûtez-vous encor qu’une joie imparfaite ?
Pour rendre votre gloire égale à mes revers,
Dois-je offrir à vos yeux la honte de mes fers ?
Ou plutôt penſez-vous qu’un lâche effroi me glace,
Et me jette à vos pieds pour vous demander grace ?
D’un triomphe ſi vain cessez de vous flatter.
Dans l’abyme où le ſort m’a ſçu précipiter,