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TOMYRIS,

Je garde aſſez d’orgueil pour braver ſon caprice.
Il vient de me trahir : telle eſt ſon injuſtice.
Mais duſſé-je m’attendre au plus affreux trépas,
Je répons que mon cœur ne me trahira pas.
Mes jours ſont en vos mains, diſpoſez-en, Madame.


Tomyris.

Seigneur, n’irritez pas les tranſports de mon ame.
Par un nouvel orgueil ceſſez de m’outrager ;
C’eſt déja trop pour moi que d’un fils à venger.
C’eſt à vous de calmer la fureur qui m’anime ;
Vous ſçavez que ſon ſang demande une victime.
Je ne vous parle plus de l’offre de ma foi ;
La main de mon Captif n’eſt pas digne de moi.
Non, Prince ; & vous voyez par quel revers étrange
De vos premiers refus la fortune me venge.
Mais comme elle pourroit à mon tour m’abaiſſer,
A l’hymen de Mandane il vous faut renoncer.


Cyrus.

A l’hymen de Mandane !


Tomyris.

A l’hymen de Mandane ! Hé, pouvez-vous prétendre
Qu’après avoir vaincu, je veuille vous la rendre,
Moi qui l’ai fierement refuſée à vos vœux,
Quand le ſort du combat étoit encor douteux ?
Je vous l’ai déja dit, nous fuyons l’eſclavage.
Des Voiſins trop puiſſans nous donnent de l’ombrage.
Nous regardons l’hymen dont on vous a flatté,
Comme l’écueil fatal de notre liberté.